22 janvier 2007
Interview de Nicolas Sarkozy au Monde, 22 janvier 2007
Quelle
est la première de vos priorités économiques ?
La priorité des
priorités est de revaloriser le travail. La crise morale française porte un nom
: c'est la crise du travail. C'est lui qui est créateur d'emplois, et pas le
partage du travail. Le travail crée le travail. Il faut donc récompenser le
travail, créer de l'activité, favoriser la croissance. Et ce sont les réformes
qui feront la croissance, pas les économies budgétaires. Notre premier
grand problème est celui du pouvoir d'achat. Pourquoi avons-nous, depuis quinze
ans, un taux de croissance inférieur de 1% à celui des meilleurs des pays
libres? Parce que les salaires sont trop bas, les charges trop lourdes, la
pression fiscale trop élevée. Les 35 heures ont servi de prétexte à la rigueur
salariale et creusé le déficit de l'Etat. 17 milliards d'euros, sur les 22
milliards d'euros d'allégements de charges, servent à les payer.
Comment redonnerez-vous du pouvoir d'achat aux Français ?
Je propose une véritable révolution économique. On ne peut pas se dire
européen et se satisfaire de prélèvements obligatoires qui représentent 45,3%
du produit intérieur brut (PIB), soit 4points de plus que la moyenne de l'Union
européenne à quinze. Il faut que les Français en aient pour leur argent. On
peut leur donner des prestations meilleures en dépensant moins. Si on réduit de
4 points nos prélèvements obligatoires, on rend 68 milliards d'euros aux Français
: 2000euros rendus aux Français par foyer et par an, y compris les retraités,
et 4900euros par foyer si l'on s'en tient à la France qui travaille.
Comment le ferez-vous concrètement ?
Nous le ferons en réduisant la fiscalité qui pèse sur le travail. Nous le
ferons aussi en récompensant le travail supplémentaire. Tout est fait
aujourd'hui pour décourager les entreprises d'en donner. J'estime qu'on a payé son
dû à la Sécurité sociale quand on a payé les cotisations pour la durée moyenne
de travail. Je propose donc que les entreprises ne payent pas de cotisations
sur les heures supplémentaires – ce sera une incitation pour l'entreprise à en
donner – et que le salarié ne paie pas d'impôt sur le revenu supplémentaire
qu'il perçoit. Songez qu'un salarié rémunéré au smic qui fera 4 heures supplémentaires
par semaine augmentera son revenu de près de 2000euros par an. C'est un double
bonus. Et l'Etat y trouvera son compte car, lorsque les salariés ont plus de
pouvoir d'achat, ils consomment davantage, et les recettes de TVA augmentent.
Le Conseil constitutionnel semble avoir des réserves sur l'exonération de l'impôt
sur le revenu…
Je suis prêt à affronter ce débat tant il me paraît essentiel à la
croissance française.
Vous êtes prêts à affronter ce débat sur l'exonération de l'impôt sur le revenu
avec Jean-Louis Debré, s'il est nommé entre-temps président du Conseil constitutionnel
?
J'ai la volonté de réhabiliter le travail. Cela n'a rien à voir avec la
nomination du président du Conseil constitutionnel. Je veux également mettre
fin à une injustice qui consiste à rémunérer différemment les heures supplémentaires
: 10 % de plus dans les entreprises de moins de 20 salariés et 25 % dans les
autres. Tout le monde doit avoir 25 %.
Peut-on réduire à ce point la dépense publique ?
Trouver des économies est possible à condition de traiter de l'emploi dans
la fonction publique. Avec les retraites des fonctionnaires, il représente 45%
du budget. Je fais mien l'objectif de ne pas remplacer le départ à la retraite
d'un fonctionnaire sur deux. La moitié de la productivité ainsi gagnée doit
servir à réduire les déficits, l'autre à augmenter le pouvoir d'achat des
fonctionnaires. Il faudra aussi supprimer tous les organismes inutiles,
comme le Conseil monétaire de la Banque de France, et faire une révision systématique
de tous les programmes. Nous ne voulons pas consacrer 5 milliards d'euros aux
préretraites : nous voulons utiliser l'argent public pour créer de l'activité,
pas pour empêcher les gens de travailler. Les 23 milliards de la formation
professionnelle constituent un gisement de productivité considérable. Et il ne
faut plus de minima sociaux sans contrepartie d'activité. Dans notre société,
les devoirs doivent être la contrepartie des droits.
Que ferez-vous sur l'université ?
Nous proposerons un statut d'autonomie pour toutes les universités qui le désireront.
Les universités qui accepteront de se réformer auront des moyens supplémentaires.
Dans quelles dépenses de l'Etat-providence peut-on tailler ?
Je ne pense pas qu'il y ait matière à beaucoup d'économies dans la santé. Compte
tenu de l'allongement de la durée de la vie, du progrès médical et de
l'aspiration bien naturelle de nos concitoyens à vivre en bonne santé,
l'investissement dans la santé sera forcément majeur.
Restez-vous favorable à une santé quasi totalement socialisée ?
Je suis pour une santé fondée sur la solidarité, mais nous n'éviterons pas
de responsabiliser les patients. Il faut instaurer une franchise modeste par
famille, et pas par individu, sur les premiers euros de dépenses annuelles en
consultations médicales ou en examens biologiques. Je suis en revanche réservé sur
le forfait de 1euro sur les boîtes de médicaments, qui pénalise, c'est un
comble, ceux qui sont le plus gravement malades.
Faut-il instaurer des cotisations maladie progressives, alors qu'elles sont
aujourd'hui proportionnelles ?
Je n'y suis pas favorable. Il faut essentiellement responsabiliser le
patient. Tous les ans, il y aura un débat au Parlement : si l'objectif national
de dépenses est respecté, on baissera la franchise. Si ce n'est pas le cas, on
l'augmentera. Il y aura certaines exonérations, par exemple pour les ménages
les plus modestes. Cette formule me semble infiniment plus utile que
l'augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG), qui n'a aucune
vertu pédagogique et pèse sur les prélèvements obligatoires.
Propos recueillis par Claire Guélaud, Arnaud Leparmentier et Philippe Ridet
Le Monde, 22 janvier 2007
Nicolas Hulot ne sera pas candidat

Après plusieurs mois de réflexion, l’animateur renonce à se présenter à la présidentielle
de 2007, annonçant qu’il a "choisi de faire confiance à la parole et à l'engagement
des candidats".
MON
OPINION
Pour moi,
il s’agit d’une décision raisonnable. La démarche de Nicolas Hulot aura en tout
cas mis en avant une idée à laquelle je tiens : l’écologie n’est ni de
droite, ni de gauche.








