19 septembre 2007
Régimes spéciaux : négocier ou aligner ?

Nicolas SARKOZY a décliné hier le fond et la forme de la réforme des régimes spéciaux de retraite. Le Chef de l’État veut une négociation générale rapide, conduite en quinze jours, puis des négociations par entreprise. Sur le principe, on pourrait se satisfaire de cette annonce, qui semble répondre en partie à la demande des Français et aux exigences des syndicats, qui voulaient une réflexion « entreprise par entreprise ». Pourtant, rien n’est réglé.
On le sait depuis bien longtemps, les Français ne travaillent pas assez. Le débat ne porte pas ici sur la durée hebdomadaire de travail, dont on sait que les socialistes l’ont minée par la mise en place des 35 heures, qui n’en finissent d’ailleurs plus d’être « assouplies ». La vraie question porte sur le nombre d’années de cotisation qu’il faudrait pour équilibrer notre système de retraites par répartition. Et c’est là que Nicolas SARKOZY et le gouvernement ne font pas le bon diagnostic.
En effet, ils parlent d’aligner (à peu près) les régimes spéciaux sur celui de la fonction publique, lui-même plus souple que le régime appliqué aux salariés du privé, lui-même très en dessous des exigences de survie de notre système ! On est donc en droit de se demander : où va-t-on ? Quand bien même il y aurait un alignement total des régimes spéciaux sur le régime public, leurs bénéficiaires continueraient à travailler moins que le privé (40 ans en 2012 contre 41 dans le privé), qui déjà ne travaille pas assez pour pérenniser le financement des retraites...
Par ailleurs, quelle est donc cette justice qui consisterait à aligner les régimes spéciaux sur un système (le système public) déjà privilégié ? A titre d’exemple, avec un alignement total, leurs bénéficiaires auraient un calcul de leurs retraites basé sur leurs 6 derniers mois de travail, quand les salariés du privé ont une retraite calculée par rapport aux 25 dernières années !
Alors même que l’alignement pur et simple des régimes spéciaux sur le régime public serait une injustice, s’il y a négociation syndicale, c’est par principe qu’il n’y aura pas d’alignement pur et simple ! Les salariés du privé n’ont donc qu’à se résigner. Leur injustice par rapport aux « futurs ex-bénéficiaires » des régimes spéciaux sera réduite, mais elle restera criante et honteuse.
Quant au financement à long terme des retraites et au nécessaire allongement de la durée de cotisation de tous ? Personne n’en parle... mais tout le monde connaît le problème ! Une nouvelle étape de la réforme des retraites viendra peut-être corriger notre système, mais quand ? Dommage que le candidat de la rupture devenu Président de la République n’ose lui-même pas aborder le sujet.
Louis BAPTISTE
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